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Triangologie à  Millau

Un récit de vol de Jano, histoire de nous donner un peu envie d'aller faire un tour du coté de Millau.

TRIANGOLOGIE à Millau

Ou

L’art de négocier la dernière branche

 

    De 1998 à 2006 je me suis occupé du CDVL Aveyron en compagnie de Richard WALBEC.  Dès alors, j’ai imaginé un défi vol libre afin d’inciter les libéristes de France, de Navarre et d’ailleurs à venir voler à Millau dans le but de leur faire découvrir notre région.

Ce défi, doté, consistait à réaliser un triangle par catégorie d’engin.

Celui du parapente faisait un peu plus de 70 KMs. Il s’appelait LE DEFI MILLAU GRANDS CAUSSES

            « Un triangle en parapente à Millau ! ». Irréalisable! Pour certains. Impensable ! Pour d’autres.

Ce qu’ils n’avaient  compris « les pauvres » c’est que:

  1. On n’était pas pressé que ça se réalise. Le but était que ça dure un peu, tout de même.
  2. Il fallait imaginer que les parapentes, forcément, évolueraient.

 

            Après quelques années le triangle a été réalisé. Mais presque dix ans après il n’a été réalisé que deux fois avec des preuves tangibles et deux ou trois fois déclaré de bonne foi.

Malheureusement nous avons dû renoncer rapidement à soutenir ce projet car nous nous sommes rendu compte que nous pouvions  être tenu pour responsables d’inciter les gens à survoler le Parc National des Cévennes. Exit le Défi Millau Grands Causses.

Ce petit récapitulatif fait, me permet à posteriori, de savourer mon intuition d’alors.

Mais défi ou pas nous continuons encore et toujours à voler à Millau et nous tentons de plus en plus des allers-retours et des triangles qui, chut ! faut pas le dire, passent parfois là-bas. 

Et voici le récit du dernier triangle en date.

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A Millau prévoir un vol est du domaine de l’irrationnel. Donc la tactique est simple ; durant la montée au déco, on suppute. En l’air on, discute. Et pendant le vol on, s’adapte. Je n’ai pas rime en UTE.

Bref, le vol à Millau ce n’est jamais gagné.

Néanmoins, comme souvent c’est le cas nous sommes toujours au déco, une volée à y croire. Et en ce jeudi 19/04/2007, ça suppute, puis ça discute vu le ciel qui se dévoile à nous sur le Causse Noir.

            Le premier plaf, quasi sur place, nous hisse à environ 1800. Petit rappel; altitude du déco 840m. Mille mètres de gaz, c’est honnête mais, sur un plateau et vu le trou bleu qui nous sépare du premier cum, à près de 8 bornes, ça laisse souvent plus d’un frustré car ici pas d’appuis. A Millau notre force c’est le nombre et ce jour-là nous sommes 7 à 8 parapentistes à la queue leu leu à converger vers ce 1° nuage.

Finalement peu de dégâts sur cette première transition et par la suite le ciel se pommelle à 4/5 huitièmes ce qui pour effet de nous mettre la banane

            Le Mt Aigoual est là qui s’offre à nous. J’implore mes compagnons de vol de nous y diriger, l’occasion d’y aller est trop belle car en théorie il est interdit de le survoler à moins de 1000m.

Avant de quitter le Causse Noir et d’entrer en Cévennes, le plaf monte aux environs de 2600. Raison de plus. Vamos !

 

            L’abondance de cums semble rendre le Mt Aigoual facile. Pourtant, malheur aux deux parapentistes qui nous précèdent et qui l’ont cru. Ils se font prendre dans un Mölstrom avant d’atteindre leur but. Ils s’en sortirons mais prendrons la poudre d’escampette pour aller voir ailleurs sur le Causse Méjean par exemple.

Nous ne sommes que trois à le survoler pleinement, en ayant pris soin d’assurer le cheminement bien avant la démonstration de nos deux infortunés camarades.

 Les deux autres parapentistes qui nous suivent, équipés d’ailes moins perfos, se contenterons de le regarder de loin afin de poursuivre leur vol.

Ce jour-là personnes ne se posera dans le Parc.

            Nous sommes trois donc à tutoyer la Montagne Cévenole. Trois qui avons l’habitude de voler en groupe et, depuis que Karine DRUFIN, ma compagne, a reçu la toute nouvelle Trango 3, elle colle sans défaillir au groupe constitué ; d’une Cirrus 4, piloté par Fred SALVAT et de ma Targa1.

 

            Fred équipé d’un GPS nous signale que la dérive au plaf est approximativement de15 à 20 KMh.

Malgré tout je tente une percée de front pour un retour depuis le Mt Aigoual car le ciel s’organise de belle manière. Très rapidement je me rends à l’évidence ; Ca ne marchera pas aussi facilement que j’aurai pu le croire. Je rentre donc dans le rang en me mettant en direction du Causse Méjean ou bon nombre de parapentistes, venant de Millau, se concentrent en périphérie de l’aérodrome du CHANET et vers lequel Karine, Fred les deux derniers parapentistes se dirigent.

Suite à ma tentative infructueuse, je connais un point bas d’abord, suivi d’un point haut à 3100 et, dû à une température cinglante, un soulagement physiologique obligatoire, l’ensemble ayant pour effet de me mettre en retard sur le groupe.

Pas facile de se déséquiper partiellement, garder un cap, tout ça dans une aérologie mouvementée pour se soulager afin de continuer le vol.

Mais, excepté quelques petits dommages co-latéraux ça marche et le vol continu.

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Une vue synoptique vers le Causse sur lequel nous entrons, nous trace la direction à suivre. Il est bleu sur sa moitié Ouest mais s’allume sur sa partie Est. Arrivant par le levant le cheminement vers la concentration ; parapentes et planeurs est facile.

Vaincue par le froid Karine décide de se poser. Fred devant moi arrive sur l’aérodrome et y retrouve des copains venus directement de Millau, enroule avec eux mais décide à l’instar du groupe, le retour sur la Puncho d’Agast, alors que les autres préfèrent un vent arrière plus ludique vers les Mt Lozère.

 

            Arrivé à mon tour sur l’aérodrome, déserté par tous y compris par les cums, je me sens quelque peu tristouné. Je tente de prendre contact avec Fred pour savoir où il en est. Il ne répond plus. J’apprendrais un peu plus tard qu’il s’est posé terrassé à son tour par le froid.

            A ce stade du récit permettez moi un conseil. Quand on sait que l’on part pour faire de la distance mieux vaut s’habiller ou finir de s’équiper en l’air, surtout au printemps, car de toute façon en l’air on supporte tout.

 

Le thermique qui me hisse au-dessus de la base de planeurs me laisse le loisir de faire un tour d’horizon qui me colle une moue dubitative. Car, ayant décidé de rentrer à Millau, histoire de faire un peu plus compliqué qu’un simple vent arrière, j’observe pour mon plus grand désarroi que ma route est »azurément » bleue. Et que même les cums qui m’ont permis de venir jusqu’ici ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes.

En quittant B2 je n’imagine pas le retour possible mais quoi qu’il en soit je décide de garder espoir et d’assurer au cas où.

 

            Après un bref entretien avec moi-même je décide de suivre la seule voie qui me paraît jouable, c'est-à-dire, refaire mon cheminement à l’envers car même si on ne peut plus appeler ça des cums c’est toujours mieux que rien. Et là commence une très très longue transition. J’ai dû faire 7 à 8 Kms sans heurter la moindre bulle. Aussi lorsque je trouve un zéro je le travaille en prospectant doucement, en le caressant, comme si je ne voulais pas me faire remarquer, au cas où.

 

            Après avoir marqué une pose, certainement méritée, la masse d’air se remet au boulot et me sort  de mon point bas, bas, bas.

Le plaf n’a plus sa splendeur et le vario reste dans les graves. Néanmoins le ciel s’est pavé. Bien pavé ou mal pavé, comment dire. Style thriller !

Je m’explique ; Le plafond n’est plus qu’à 2300/2500, souvenez-vous j’ai eu 3100, à présent souffle une brise marquée d’Ouest Sud/Ouest d’en haut jusqu’en bas à cette heure-ci, vu qu’elle m’a été favorable sur deux branches et qu’un triangle en comporte trois, forcément celle-ci me sera défavorable. La distance entre cums et juste assez importante pour douter. Et dernier élément, j’arrive malheureusement du mauvais côté de leur alimentation en venant de l’Est, ce qui va bien compliquer le tout. C’est le moment de voir ce que ma Targa1 a sous le capot car je n’ai jamais été confronté à une situation aussi Hitchcockienne.

Quoi qu’il en soit, je suis bien en l’air et ne risque rien de tenter le retour car sous mes pieds si le Méjean est magnifique il n’y a rien n’y personne, donc il vaut mieux se tirer d’ici.

 

            C’est parti. Accélérateur ajusté à ce qui me semble être le meilleur compromis entre vitesse et finesse, elle file, file ma UP et comme dans un jeu vidéo ; c’est 1000 points pour le premier cum.

Le prochain cum sur ma route est trop loin. Par bonheur sur ma gauche ça m’intéresse. Changement de cap à 90° vers le sud, c’est à dire retour sur le Causse Noir en sautant les gorges de la Jonte, pour choper une mini rue, très noire, mais qui s’avèrera faiblement active ; 1000 points encore avec un bonus sur quelques kilomètres vers l’Ouest ce qui me rapproche du cum qui était trop loin précédemment, vous suivez ?

Donc au sortir de la rue 90° à droite, retour sur le Méjean, pour choper le cum d’abord trop loin mais qui ne l’est plus.

            Lui aussi est bien noir et si je veux continuer ma route il est incontournable dans tous les sens du terme. Hésitant, Je me glisse sous son ventre. En disparaissant le soleil projette au sol une ombre épaisse austère,  ce qui rend l’atmosphère lourde. Je prospecte en avançant, je suis tout de même inquiet pour avoir connu une telle situation, happé goulûment par un cum sans scrupule.

Je sens cette chose au-dessus de ma tête bien vivante, elle m’attire en son sein en m’appâtant par de petits varios toujours plus loin. A présent je suis au beau milieu de ce monstre que j’espère en sommeil. Tous mes sens sont en éveil car à chaque instant tout peu s’emballer. Quelques gouttes de pluie sur mon visage me font douter, mais la sortie est là à présent toute proche.

            Finalement, Le nuage à la gueule grande ouverte au ponant, sirotant son air du soir face au soleil. Accélérateur aux pieds, sourire aux lèvres,  je débouche sous son nez lui chatouillant les moustaches à 2900 ; Là, c’est 5000 points.

Tout en m’éloignant, je me retourne pour l’observer en me disant qu’il y a des moments comme ça dans la vie qui valent le coup d’être vécus.

Le risque en valait-il la chandelle ? Le fait est que sans ce plafond je n’aurais pu continuer mon chemin.

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Je vois les prochains nuages sur le Causse de Sauveterre, c'est-à-dire à près de 10 bornes. J’en profite pour me détendre, que d’émotions, car le plané risque d’être long. Toutefois l’heure tardive, il devait être aux alentours de 18h15, me laisse supposer que la masse d’air sera homogène. Une restit qui me permettra de glisser sans trop tomber.

Finalement, j’arrive au bout du Causse Méjean en ayant le sentiment d’avoir fait le plus dur, sortir des Plateaux où l’on est sans béquille. Mais rien n’est encore sûr. Au-dessus des gorges du Tarn que je survole à présent à 1400, soit un peu plus de 400m plateau, je sais pour l’avoir déjà fais, que l’appuis sur les faces Ouest des gorges est possible mais rentrer à Millau d’ici,par ce biais, ce n’est pas certain. Aussi vais-je profiter du sursis qui m’est offert  pour prospecter en compagnie des Vautours qui sont légion dans les parages. Un cum, gentil, se trouve de l’autre côté des gorges et comme précédemment par petites touches erratiques je me laisse happer, suavement, par son alimentation pour sortir côté soleil et à la base de ce qui sera le dernier cum du voyage à 2700. Là, c’était facile ; 1000 points.

 

            C’est reparti pour un lonesome plané vers les petits Causses au Nord de Millau. Ici, je suis en terrain super connu aussi, lorsque j’arrive très bas en marge du Causse de Sauveterre, ni une ni deux, je saute le Tarn à la hauteur de Boyne et je m’agrippe au Causse Noir. Plus que 10 bornes. Ca porte à peine sur cette face Nord, je file en direction de la Cresse, jusqu’à trouver une meilleure orientation que les Vautours vont me signaler en s’envolant et avec lesquels je préfère enrouler une bulle jusqu’à 1400 histoire d’assurer que dis-je de bétonner. 8 bornes. En restit et  sur des faces Ouest, ça rentre ; C’est 10000 points.

 

            Je me pose au décollage de la Puncho après 5h de ballade et un triangle de 94 Kms. Ma voiture est toujours là, je plie et je descends à la maison il est 19h30.

 

Si la première et la deuxième branche font respectivement ; 38 Km et 20 Km la dernière en zig zag fait entre 40 et 45 KM et à due prendre plus de la moitié du temps de vol.

 

Horaires de vol aux Roselier (-3h / +3h)

Ports:

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