Triangologie à Millau
TRIANGOLOGIE à Millau
Ou
L’art de négocier la dernière branche
Ce
défi, doté, consistait à réaliser un triangle par catégorie d’engin.
Celui
du parapente faisait un peu plus de 70 KMs. Il s’appelait LE DEFI MILLAU GRANDS
CAUSSES
« Un triangle en parapente à
Millau ! ». Irréalisable! Pour certains. Impensable ! Pour
d’autres.
Ce
qu’ils n’avaient compris « les
pauvres » c’est que:
- On n’était
pas pressé que ça se réalise. Le but était que ça dure un peu, tout de
même.
- Il
fallait imaginer que les parapentes, forcément, évolueraient.
Après quelques années le triangle a
été réalisé. Mais presque dix ans après il n’a été réalisé que deux fois avec
des preuves tangibles et deux ou trois fois déclaré de bonne foi.
Malheureusement
nous avons dû renoncer rapidement à soutenir ce projet car nous nous sommes
rendu compte que nous pouvions être tenu
pour responsables d’inciter les gens à survoler le Parc National des Cévennes.
Exit le Défi Millau Grands Causses.
Ce
petit récapitulatif fait, me permet à posteriori, de savourer mon intuition
d’alors.
Mais
défi ou pas nous continuons encore et toujours à voler à Millau et nous tentons
de plus en plus des allers-retours et des triangles qui, chut ! faut pas
le dire, passent parfois là-bas.
Et
voici le récit du dernier triangle en date.
{mospagebreak title=page 2}
A
Millau prévoir un vol est du domaine de l’irrationnel. Donc la tactique est
simple ; durant la montée au déco, on suppute. En l’air on, discute. Et
pendant le vol on, s’adapte. Je n’ai pas rime en UTE.
Bref,
le vol à Millau ce n’est jamais gagné.
Néanmoins,
comme souvent c’est le cas nous sommes toujours au déco, une volée à y croire. Et
en ce jeudi 19/04/2007, ça suppute, puis ça discute vu le ciel qui se dévoile à
nous sur le Causse Noir.
Le premier plaf, quasi sur place, nous
hisse à environ 1800. Petit rappel; altitude du déco 840m. Mille mètres de gaz,
c’est honnête mais, sur un plateau et vu le trou bleu qui nous sépare du
premier cum, à près de 8 bornes, ça laisse souvent plus d’un frustré car ici
pas d’appuis. A Millau notre force c’est le nombre et ce jour-là nous sommes 7 à
8 parapentistes à la queue leu leu à converger vers ce 1° nuage.
Finalement
peu de dégâts sur cette première transition et par la suite le ciel se pommelle
à 4/5 huitièmes ce qui pour effet de nous mettre la banane
Le Mt Aigoual est là qui s’offre à
nous. J’implore mes compagnons de vol de nous y diriger, l’occasion d’y aller est
trop belle car en théorie il est interdit de le survoler à moins de 1000m.
Avant
de quitter le Causse Noir et d’entrer en Cévennes, le plaf monte aux environs
de 2600. Raison de plus. Vamos !
L’abondance de cums semble rendre le
Mt Aigoual facile. Pourtant, malheur aux deux parapentistes qui nous précèdent
et qui l’ont cru. Ils se font prendre dans un Mölstrom avant d’atteindre leur
but. Ils s’en sortirons mais prendrons la poudre d’escampette pour aller voir
ailleurs sur le Causse Méjean par exemple.
Nous
ne sommes que trois à le survoler pleinement, en ayant pris soin d’assurer le
cheminement bien avant la démonstration de nos deux infortunés camarades.
Les deux autres parapentistes qui nous suivent,
équipés d’ailes moins perfos, se contenterons de le regarder de loin afin de
poursuivre leur vol.
Ce
jour-là personnes ne se posera dans le Parc.
Nous sommes trois donc à tutoyer la
Montagne Cévenole. Trois qui avons l’habitude de voler en groupe et, depuis que
Karine DRUFIN, ma compagne, a reçu la toute nouvelle Trango 3, elle colle sans
défaillir au groupe constitué ; d’une Cirrus 4, piloté par Fred SALVAT et
de ma Targa1.
Fred équipé d’un GPS nous signale que
la dérive au plaf est approximativement de15 à 20 KMh.
Malgré
tout je tente une percée de front pour un retour depuis le Mt Aigoual car le
ciel s’organise de belle manière. Très rapidement je me rends à
l’évidence ; Ca ne marchera pas aussi facilement que j’aurai pu le croire.
Je rentre donc dans le rang en me mettant en direction du Causse Méjean ou bon
nombre de parapentistes, venant de Millau, se concentrent en périphérie de
l’aérodrome du CHANET et vers lequel Karine, Fred les deux derniers parapentistes
se dirigent.
Suite
à ma tentative infructueuse, je connais un point bas d’abord, suivi d’un point
haut à 3100 et, dû à une température cinglante, un soulagement physiologique
obligatoire, l’ensemble ayant pour effet de me mettre en retard sur le groupe.
Pas
facile de se déséquiper partiellement, garder un cap, tout ça dans une
aérologie mouvementée pour se soulager afin de continuer le vol.
Mais,
excepté quelques petits dommages co-latéraux ça marche et le vol continu.
Une
vue synoptique vers le Causse sur lequel nous entrons, nous trace la direction
à suivre. Il est bleu sur sa moitié Ouest mais s’allume sur sa partie Est.
Arrivant par le levant le cheminement vers la concentration ; parapentes
et planeurs est facile. 
Vaincue
par le froid Karine décide de se poser. Fred devant moi arrive sur l’aérodrome
et y retrouve des copains venus directement de Millau, enroule avec eux mais
décide à l’instar du groupe, le retour sur la Puncho d’Agast, alors que les
autres préfèrent un vent arrière plus ludique vers les Mt Lozère.
Arrivé à mon tour sur l’aérodrome,
déserté par tous y compris par les cums, je me sens quelque peu tristouné. Je
tente de prendre contact avec Fred pour savoir où il en est. Il ne répond plus.
J’apprendrais un peu plus tard qu’il s’est posé terrassé à son tour par le
froid.
A ce stade du récit permettez moi un
conseil. Quand on sait que l’on part pour faire de la distance mieux vaut
s’habiller ou finir de s’équiper en l’air, surtout au printemps, car de toute
façon en l’air on supporte tout.
Le
thermique qui me hisse au-dessus de la base de planeurs me laisse le loisir de
faire un tour d’horizon qui me colle une moue dubitative. Car, ayant décidé de rentrer
à Millau, histoire de faire un peu plus compliqué qu’un simple vent arrière, j’observe
pour mon plus grand désarroi que ma route est »azurément » bleue. Et
que même les cums qui m’ont permis de venir jusqu’ici ne sont plus que l’ombre
d’eux-mêmes.
En
quittant B2 je n’imagine pas le retour possible mais quoi qu’il en soit je décide
de garder espoir et d’assurer au cas où.
Après un bref entretien avec
moi-même je décide de suivre la seule voie qui me paraît jouable, c'est-à-dire,
refaire mon cheminement à l’envers car même si on ne peut plus appeler ça des
cums c’est toujours mieux que rien. Et là commence une très très longue transition.
J’ai dû faire 7 à 8 Kms sans heurter la moindre bulle. Aussi lorsque je trouve
un zéro je le travaille en prospectant doucement, en le caressant, comme si je
ne voulais pas me faire remarquer, au cas où.
Après avoir marqué une pose,
certainement méritée, la masse d’air se remet au boulot et me sort de mon point bas, bas, bas.
Le
plaf n’a plus sa splendeur et le vario reste dans les graves. Néanmoins le ciel
s’est pavé. Bien pavé ou mal pavé, comment dire. Style thriller !
Je
m’explique ; Le plafond n’est plus qu’à 2300/2500, souvenez-vous j’ai eu 3100,
à présent souffle une brise marquée d’Ouest Sud/Ouest d’en haut jusqu’en bas à
cette heure-ci, vu qu’elle m’a été favorable sur deux branches et qu’un
triangle en comporte trois, forcément celle-ci me sera défavorable. La distance
entre cums et juste assez importante pour douter. Et dernier élément, j’arrive malheureusement
du mauvais côté de leur alimentation en venant de l’Est, ce qui va bien
compliquer le tout. C’est le moment de voir ce que ma Targa1 a sous le capot
car je n’ai jamais été confronté à une situation aussi Hitchcockienne.
Quoi
qu’il en soit, je suis bien en l’air et ne risque rien de tenter le retour car
sous mes pieds si le Méjean est magnifique il n’y a rien n’y personne, donc il
vaut mieux se tirer d’ici.
C’est parti. Accélérateur ajusté à
ce qui me semble être le meilleur compromis entre vitesse et finesse, elle
file, file ma UP et comme dans un jeu vidéo ; c’est 1000 points pour le
premier cum.
Le
prochain cum sur ma route est trop loin. Par bonheur sur ma gauche ça m’intéresse.
Changement de cap à 90° vers le sud, c’est à dire retour sur le Causse Noir en
sautant les gorges de la Jonte, pour choper une mini rue, très noire, mais qui
s’avèrera faiblement active ; 1000 points encore avec un bonus sur
quelques kilomètres vers l’Ouest ce qui me rapproche du cum qui était trop loin
précédemment, vous suivez ?
Donc
au sortir de la rue 90° à droite, retour sur le Méjean, pour choper le cum
d’abord trop loin mais qui ne l’est plus.
Lui aussi est bien noir et si je
veux continuer ma route il est incontournable dans tous les sens du terme. Hésitant,
Je me glisse sous son ventre. En disparaissant le soleil projette au sol une
ombre épaisse austère, ce qui rend l’atmosphère
lourde. Je prospecte en avançant, je suis tout de même inquiet pour avoir connu
une telle situation, happé goulûment par un cum sans scrupule.
Je
sens cette chose au-dessus de ma tête bien vivante, elle m’attire en son sein
en m’appâtant par de petits varios toujours plus loin. A présent je suis au
beau milieu de ce monstre que j’espère en sommeil. Tous mes sens sont en éveil
car à chaque instant tout peu s’emballer. Quelques gouttes de pluie sur mon
visage me font douter, mais la sortie est là à présent toute proche.
Finalement, Le nuage à la gueule
grande ouverte au ponant, sirotant son air du soir face au soleil. Accélérateur
aux pieds, sourire aux lèvres, je débouche
sous son nez lui chatouillant les moustaches à 2900 ; Là, c’est 5000
points.
Tout
en m’éloignant, je me retourne pour l’observer en me disant qu’il y a des
moments comme ça dans la vie qui valent le coup d’être vécus.
Le
risque en valait-il la chandelle ? Le fait est que sans ce plafond je n’aurais
pu continuer mon chemin.
{mospagebreak title=Page 4}
Je
vois les prochains nuages sur le Causse de Sauveterre, c'est-à-dire à près de
10 bornes. J’en profite pour me détendre, que d’émotions, car le plané risque
d’être long. Toutefois l’heure tardive, il devait être aux alentours de 18h15,
me laisse supposer que la masse d’air sera homogène. Une restit qui me
permettra de glisser sans trop tomber.
Finalement,
j’arrive au bout du Causse Méjean en ayant le sentiment d’avoir fait le plus
dur, sortir des Plateaux où l’on est sans béquille. Mais rien n’est encore sûr.
Au-dessus des gorges du Tarn que je survole à présent à 1400, soit un peu plus
de 400m plateau, je sais pour l’avoir déjà fais, que l’appuis sur les faces
Ouest des gorges est possible mais rentrer à Millau d’ici,par ce biais, ce n’est
pas certain. Aussi vais-je profiter du sursis qui m’est offert pour prospecter en compagnie des Vautours qui
sont légion dans les parages. Un cum, gentil, se trouve de l’autre côté des
gorges et comme précédemment par petites touches erratiques je me laisse happer,
suavement, par son alimentation pour sortir côté soleil et à la base de ce qui
sera le dernier cum du voyage à 2700. Là, c’était facile ; 1000 points. 
C’est reparti pour un lonesome plané
vers les petits Causses au Nord de Millau. Ici, je suis en terrain super connu
aussi, lorsque j’arrive très bas en marge du Causse de Sauveterre, ni une ni
deux, je saute le Tarn à la hauteur de Boyne et je m’agrippe au Causse Noir. Plus
que 10 bornes. Ca porte à peine sur cette face Nord, je file en direction de la
Cresse, jusqu’à trouver une meilleure orientation que les Vautours vont me
signaler en s’envolant et avec lesquels je préfère enrouler une bulle jusqu’à
1400 histoire d’assurer que dis-je de bétonner. 8 bornes. En restit et sur des faces Ouest, ça rentre ; C’est
10000 points.
Je me pose au décollage de la Puncho
après 5h de ballade et un triangle de 94 Kms. Ma voiture est toujours là, je
plie et je descends à la maison il est 19h30.
Si
la première et la deuxième branche font respectivement ; 38 Km et 20 Km la
dernière en zig zag fait entre 40 et 45 KM et à due prendre plus de la moitié
du temps de vol.
| < Précédent | Suivant > |
|---|



